Death is Short, Life is Long / Aidan Pontarini

23/01/2014 - 06/02/2014

Avec Death is Short, Life is Long, Aidan Pontarini présente le comico-grotesque de ce que nous ignorons au quotidien : l’abject et le mortifié.

L’exposition rassemble les travaux récents de l’artiste (peinture, dessin, sculpture) à travers lesquels il cherche le parfait équilibre entre le concept et la figuration : les idées sont concises, et les œuvres, elles, n’ont rien d’artificiel en cela que leur caractère provisoire découle de l’abject. Les personnages de Pontarini trans- gressent la finitude des lignes : les membres se détachent ; une partie du corps meurt alors que l’être demeure vivant. À ce titre, Julia Kristeva écrit dans Les Pouvoirs de l’horreur (1980) : « Ce n’est pas le manque de propreté ou de santé qui cause l’abjection, mais ce qui perturbe l’identité, le système, l’ordre. Ce qui ne respecte pas les limites, les positions, les règles. » L’exposition, par son ab- sence d’ordre dans l’agencement de l’espace – certaines œuvres sont seules, et d’autres, regroupées pêle-mêle –, ravive l’écho de l’abjection. L’aspect excessif de l’agencement des œuvres fait sentir une saturation corporellement déconcer- tante.

La mortification est, entre autres, synonyme de l’humiliation. L’artiste rend sensible l’humiliation, notamment en vertu de ses présentations rappelant l’art séquentiel de la bande dessinée et de ses compositions en patchwork d’une foule de personnages excrémentiels, sujets de l’abattement, de la honte et de l’échec. Nombre d’œuvres incluent leur propre titre, écrit à la manière de ce que nous enseignaient les livres de calligraphie à l’école primaire : écriture enfantine, gross- ie, exagérément courbée, ornementale, voire ridicule. Les personnages de Ponta- rini reflètent d’ailleurs cette esthétique : accessoires clownesques et traits faciaux dont l’absurdité rappelle Pinocchio.

Ces personnages sont-ils morts ou vivants ? Ce sera au spectateur de trancher, mais il n’en demeure pas moins que les êtres que crée Aidan Pontarini déga- gent, d’une façon merveilleusement réaliste, le pathétique et la honte de ce que nous voulons occulter de l’existence quotidienne – comme nous le donne à lire la phrase finale du roman Le Procès de Franz Kafka : « Comme un chien! Dit-il. Comme si la honte dût lui survivre. »

* Aidan Pontarini, The Pie Police, 2013, huile sur panneau, 24” x 36”

Aidan Pontarini’s Death is Short, Life is Long is a comic and grotesque display of what is actively ignored on a day-to-day basis: the abject and the mortified.

The exhibition regroups recent paintings, drawings and sculpture that achieve a balance between concept and figuration: the ideas are succinct, and the works themselves are not contrived. Their provisionality is symptomatic of the abject. “It is not lack of cleanliness or health that causes abjection but what disturbs identity, system, order. What does not respect borders, positions, rules,” writes Julia Kristeva in Powers of Horror. The insides of Pontarini’s figures disobey and spill out of unfinished lines, limbs detach as their bodies undergo mortification: the death of one part of the body while the rest is still alive.

Mortification is also a synonym to humiliation, present in the panel-style renderings and sprawling patchworks of characters undergoing scatological dejection, shame and failure. The absence of order in the space’s arrangement - some works displayed on their own, others clustered in a salon-style setup - harkens back to the abject, and the superabundance of pieces generates a sensorial overload that is discomfiting and corporeal.

Many of the pieces include the title within them, written in a busty cursive reminiscent of the kind found in instructional handwriting booklets from primary school: unsettlingly big, ornamental, ridiculous. The characters’ features mirror this aesthetic, with clownish shoes and Pinocchio noses that extend into the absurd.

Composites of life and death, Pontarini’s characters are pathetic, ashamed and wonderfully real, and recall the last lines of Franz Kafka’s The Trial: “‘Like a dog!’ he said. It was as if the shame would outlive him.”