Homeys / Selina Doroshenko & Benita Whyte

10/10/2013 - 31/10/2013

Selina Doroshenko s’intéresse aux extensions Mcluhan du corps humain : la roue, l’automobile, les ailes d’avion, etc. Ces éléments suggèrent un potentiel d’énergie, du mouvement et des vibrations : une impulsion inappropriée. Le jeu entre la physionomie du corps et ses équivalents matériels est au cœur de Up N Up N Out N Out, une nouvelle série d’œuvres marquant un retour à la peinture pour Doroshenko (après avoir exploré divers dispositifs médiatiques – dont une pièce de performance, en collaboration avec Emily McIntyre, intitulée Nothing Special (2011-2013).

Les œuvres de Doroshenko sont composés de formes et d’images qui dégagent différents personnages. Elles offrent une expérience phénoménologique proche de la aréidolie, c’est-à-dire une illusion d’optique qui retrouve dans un stimulus visuel informe et ambigu un visage humain, par exemple : voir le faciès de Jésus dans une soupe! Up N Up N Out N Out présente l’esprit humain sous différents aspects : matériels, anthropomorphiques et abstraits, dans des formes tordues ou sans relief, telles les ombres de la nuit qui ont l’apparence d’une humanité inquiétante.

Adoptant la bravade de la formule « drag queen », Benita Whyte a élaboré une version rehaussée et «drag» d’elle-même qui est la vedette de deux œuvres vidéo nouvelles, Zero To Hero et Motions.

S’inspirant de l’aspect révisionniste de la sérigraphie d’autoportrait wharolien, Zero To Hero présente l’étayage comme façon de remodeler le visage d’une personnalité psychique par la distorsion, l’exagération et l’ornementation. En employant le masque, une technique utilisée par Whyte dans son oeuvre Bestialiska (2012), elle renvoit aux discours conventionnels et les codes culturels de la beauté et de la féminité, s’inspirant du masque qui réfère à l’esthétique mexicaine du 'Maringuilla' (Petite Dame). Ce masque porté par des danseurs lors de fêtes traditionnelles existe en versions opposées : « beau » et « affreux », le deuxième étant présenté comme obscène et peu recommandable. Ces prescriptions qui unissent l’apparence et le comportement rapporte aux préoccupations de Whyte: les typologies de la féminité et de la performativité.

Motions emprunte des images de la femme-artiste, notamment la « pop star », la patineuse artistique et la danseuse burlesque, afin de produire un nu féminin qui est à la fois révélateur et restreint. Cette opposition est affirmée par la lingerie couleur ‘nue’ , qui a pour but de mettre en valeur tout en emprisonnant le corps féminin. Les rapports entre la modestie et l’indécence, entre le désir de performer et le mépris pour le regard, entre le prestige de soi et le devenir-objet, se rassemblent dans l’exposition de la chair et ce, sans égard pour les teintes de cette dernière. Honte, pouvoir, illusion et ironie sont ici combinées dans une chorégraphie scénique où la nudité s’affiche dans une non-danse.

* Benita Whyte, Motions, 2013, HD video, 3 min (loop)

Selina Doroshenko’s current practice is concerned with the McLuhan extensions of the human body: the wheel, the car, the wings of a plane. These elements suggest potential energy, movement and vibrancy: a misplaced pulse. The play between the corporeal and its material counterparts becomes manifest in Up N Up N Out N Out, a new series of works that marks Doroshenko’s return to painting after experimenting various media, and notably producing her extensive performance piece Nothing Special (2011-2013) with Emily McIntyre.

The paintings are an amalgamation of shapes and images that emanate distinctive human character. Their phenomenological experience is similar to pareidolia, or the brain’s tendency to detect countenances in random stimuli. Like finding the face of Jesus in your soup, the human spirit is present in Up N Up N Out N Out in its varied forms: material, anthropomorphic, and abstracted onto the canvas, in shapes distorted and flat like shadows in the night, behind which lies something utterly all too human.

Embracing the bravado of the drag formula, Benita Whyte has compiled a heightened, drag version of herself that is featured in two new video works, Zero To Hero and Motions.

Inspired by Warhol’s use of silkscreen as a revisionary tool in self-portraiture (Self-Portrait 1986), Zero To Hero employs layering to distort and adorn the persona’s face. Through masking, a technique Whyte used prior in her piece Bestialiska (2013), she references cultural codes of beauty and prescribed femininity, as well as the aesthetic of the Mexican Maringuilla (‘Little Mary’) mask. Worn by male dancers during traditional festivities, it exists in “pretty” and "ugly” versions, the latter presented as a heavily made-up, lewd and disreputable character. These set prescriptions that intermesh appearance with behaviour are connected with Whyte’s interest in female typologies and performativity.

Motions borrows from iconography of the female entertainer - the pop star, the figure skater and the burlesque dancer - to put forward a manifestation of the female nude that is both revealing and restricted at the same time. This dichotomy is reiterated with “nude” undergarments, shapewear designed to ‘enhance’ while confining the female form. The interchange between modesty and exposure, the desire to perform vs. disdain for the gaze, and self-glamorization via objectification come together in a display of flesh and flesh tones. Shame, power, illusion and irony combine in a “nude” non-dance.